La frivolité, le métier à tisser de Sabine.

La frivolité, le métier à tisser de Sabine.


La frivolité est d’abord un caractère. L’écrivain et poète Henri de Régnier, un brin phallocrate, décrivait ainsi dans “Lui et les femmes de l’amour”, roman publié en 1928 : “la frivolité est encore ce qu'il y a de plus sérieux chez la femme...”
Mais la frivolité est aussi une dentelle et ce compliment spécieux de De Régnier pourrait s’appliquer à Sabine Halm dont la frivolité habille son quotidien aujourd’hui. Autrefois ennoblissement textile du vêtement, un des atours de la séduction vestimentaire de la Renaissance et du XVIIe siècle, la frivolité retrouve aujourd’hui ses lettres de noblesse dans de nouvelles interprétations.
Le propos du romancier se prête volontiers au sujet tant la dentelle est un art sérieux que Sabine pratique avec passion.

Née en Nouvelle Calédonie où elle a fait ses classes et ses études, la dentellière est d’origine nordiste, Roubaix-Tourcoing, le nord des tisserands et des fileuses. Elle fut dans une première vie, prothésiste dentaire, puis bijoutière, deux métiers du détail et de la précision, avant d’entamer une nouvelle vie dans le métier à tisser, qui l’a rapprochée de son arrière-grand-mère fileuse et de ses ancêtres tisserands depuis 1700. Elle montre avec fierté l’arbre généalogique où figurent les noms et les métiers, tous à tisser.
Le tissage et autres activités manuelles étaient considérés comme des arts mineurs dont la frivolité était la touche finale enjolivant l’encolure ou les manches d’un vêtement d’apparat : “c’est une technique de dentelle intermédiaire, explique Sabine, entre la dentelle aux fuseaux et la dentelle à l’aiguille...” Un savoir-faire qu’elle détenait de son aieule.
Après plusieurs années en Nouvelle Calédonie, de nombreux voyages et séjours à l’étranger où elle suit son mari Raphaël, plongeur sous-marin, elle décide de perfectionner ce savoir-faire qu’elle porte en elle, trouve des ouvrages spécialisés, découvre ce langage au vocabulaire très particulier et parle du dialogue de la dentelle, entre points, noeuds, anneaux, picots et navettes. Cette conversation est silencieuse mais éloquente : Sabine retrouve des motifs précieux, elle en crée de nouveaux et de fil en aiguille, décide alors d’en faire son métier.
A leur retour d’Egypte, en 2011, le couple cherche une petite propriété agricole en France, ils ont quelques poneys, et le Limousin est une des régions les moins chères ; ils trouvent l’endroit idéal, en pleine campagne, à Saint Sulpice-les-Feuilles. Depuis, les chevaux sont restés un loisir, tandis que la frivolité devient un bijou que Sabine fabrique dans son atelier avec des navettes en bois et autres outils que lui confectionne Raphaël.
Ce bijou en fil de coton ou fil de soie est très raffiné, il se porte au cou ou au poignet et la légèreté du support comme du style le fait ressembler à une liane fleurie qui épouse, discrète, le mouvement du corps. Elle tisse les perles, autre technique servie par un geste précis et un imaginaire exhubérant.
Pour commercialiser ses créations, Sabine a créé l’entreprise “Madrigal Bijoux”, voilà plus d’un an et depuis le printemps, elle sillonne les foires et les marchés de la région.
Reconnue par la profession, elle a participé cette année aux Journées européennes des métiers d’art. Pour la première fois, elle lance la sienne, invitant à ses côtés des artisans potier, tapissier d’ameublement et autres créateurs. Cette journée a lieu demain samedi, dans la galerie marchande de las Damas.
Seront présents : Marie-France Guérin, artisan potier, Saponem-olea, savon artisanaux bio, Isabelle Boubet, tapissier d'ameublement, Kristell, Allande, fabrication française de sous-vêtement, La salamandre, Création de bijoux en porcelaine.